C'est comme un grand trou béant, les sentiments glissent et s'accrochent désespérément aux parois. Mais la gravité les rattrape, ils tombent, arrachant de leurs longues griffes des morceaux de mon c½ur. Et si ce dernier crie, je ne l'entends pas. Les échos de ma peau sont brisés par tant de solitude. Mon corps n'est plus qu'un champ de bataille sanglant où des milliers de larmes s'acharnent à mettre à feu et à sang tout ce qu'elles croisent. Un poison, liquide opalescent parsemé d'horribles tâches noires d'encre, coule désormais dans les tuyaux de mon être. Il étouffe les sourires innocents, resplendissants de joie. Car après tout, une telle touche de couleur n'a rien à faire dans cet univers cadavérique, ignobilité triste et cruelle. Mon inconscient ne déborde plus que de rêves brisés, d'espoirs évanescents. Mes nuits sont striées de cauchemars criards, aux couleurs froides de l'artiste. Je suis prisonnière de ce monde, de ce moi. Engloutie par les abysses du passé. J'ai abandonnée depuis longtemps la remontée. Dans l'océan tumultueux, les algues visqueuses et morbides empoignent mes chevilles, et les tirent vers les ténèbres, le fond de l'eau, la fin de la vie. Mais inévitablement, au moment de la suffocation, je remonte, le c½ur aux bords des lèvres. Et ça recommence, cercle vicieux.
Je ne suis pas quelqu'un d'enclin à la joie, au bonheur, aux rires. Je n'ai pas assez d'amour pour me permettre de le donner à une autre personne. Doux euphémisme. Vous aurez beau chercher, vous ne trouverez pas une once d'amour. Non qu'elle soit cachée dans les tranchées que sont désormais mes os, mais elle n'a aucune existence. Mes poumons n'ont plus assez de souffles pour cette « émotion ». Mais le pire dans tout ça, c'est que je ne peux même pas m'en plaindre. Car je suis mon propre tortionnaire, et bientôt mon propre assassin. Mais que voulez-vous ? Après avoir espérée, crue en une chose qui n'a pas de vie, je n'ai plus aucune volonté. Délicate vérité qui s'enfuit dans les mensonges vaporeux de la vie. Et je ne peux la rattraper, telle le vent, elle s'insinue dans les pores de la mort. Mon âme n'est pas avide de courage, elle n'est plus que la feuille tremblante sous les vents hivernaux.
Et que m'importe que mon corps s'embrase sous les effets de cette vie trop brûlante. Je ne veux que la paix, le calme. Eternel ou éphémère. Tant que la fin y est.
Tu vois, j'aurais pu seulement vous déballer toute mon identité, celle qu'on peut lire sur mon carnet de liaison, ma carte d'identité. Mais désormais, je me dis que sans me connaître vous pouvez mettre un adjectif, un nom, un verbe ou que sais-je encore, sur moi. Mais ne vous détrompez-pas, je ne suis pas que ces mots. Je suis la somme de ce texte, et des lignes cachées entre les lignes. A vous de trouver, qui je suis vraiment. Je m'en vais, un sourire menteur ou vrai sur les lèvres, le c½ur brisé ou entier, l'âme agonisante ou en éclat de rires. L'important, c'est d'être le reflet de ce que le monde veut de moi. A bas les suites funestes ou salutaires. De toute manière, je tirerai bientôt ma révérence.
